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La rose et le réséda

Encore un pont de mai. La journée du 8 mai n’est peut-être synonyme que de weekend prolongé pour vous… Mais Jean Maison, lui, se souvient. Engagé dans la résistance à 17 ans, il en a aujourd’hui 90. Il vit à Clergoux, en Corrèze. De ce 8 mai 1945, il n’a rien oublié.

D’abord, il a fallu trouver un moment pour se parler. Je l’appelle vers 10h du matin. Cet après-midi ? Il y a des caméras, ils viennent pour un reportage, impossible de savoir quand ils auront terminé. Demain matin ? Un rendez-vous avec les anciens combattants. L’après-midi ? Des préparations pour les célébrations du 8 mai 1945. 70 ans, tout de même ! Et pourquoi pas maintenant ? “Maintenant, je suis libre”, répond Jean Maison. Il me donne les indications pour trouver sa maison à Clergoux et 25 minutes plus tard je suis sur le pas de sa porte. Un petit pavillon, dans un village tranquille, sous le soleil doux de la Corrèze.

Jean Maison n’a pas l’air d’avoir 90 ans. “Je suis comme un enfant”, dit-il. Surtout lorsqu’il va dans les classes pour raconter ses souvenirs, la guerre, la résistance, les disparus, l’armistice. Il est intarissable. Chaque souvenir en appelle un autre, puis encore un. “Dans un village près d’ici, un garçon avait décidé de s’enrôler avec l’armée allemande. Nous l’avons capturé. Nos chefs nous ont dit : faites-en ce que vous voulez. Nous savions bien ce que ça voulait dire… Alors nous lui avons demandé s’il savait cuisiner. Il savait. Pendant qu’il s’affairait autour de la marmite, dehors, nous avons fait mine de nous éloigner. Nous nous disions que nous aurions une raison de tirer, s’il tentait de s’échapper. C’est plus facile que d’abattre quelqu’un en face de soi, froidement. Mais il n’a jamais essayé de fuir. Alors nous n’avons pas tiré.”

Liberté, fraternité, résistance

Ce matin-là, Jean Maison portait “sa cravate de la résistance”. Il a aussi reçu beaucoup de décorations. La seule qu’il porte, c’est la médaille de la résistance, “pour les copains qui sont tombés”.

La résistance, “c’est la liberté et la fraternité”. Jean Maison le répète inlassablement aux élèves, ceux de primaire comme ceux des bacs pro. “Quand les Allemands nous ont enlevé toutes nos libertés… vous ne pouvez pas imaginer ce que c’était !” Le 8 mai n’est pas un jour comme les autres. Il représente la joie de la libération, la peine pour ceux qui ne l’ont jamais connue. La fête du village, les bals sous les étoiles à la musique de l’accordéon, le retour à la normale, même si le sens du mot “normal” s’est un peu effacé pendant les six années de guerre.

Fraternité. Pendant 47 ans, Jean Maison a été maire de sa commune de Clergoux. Il a fait ériger une stèle en mémoire des disparus. Près de 70 noms, dix nationalités différentes. “Chaque résistant vit sa propre histoire. Nous n’avons pas vécu la guerre de la même façon. Communiste ou pas, croyant ou pas, Français ou pas, les différences s’amoindrissaient face au but commun. Comme disait Aragon : celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas.”

Reportage réalisé pour Bram FM et diffusé le 7 mai 2015
Papier réalisé dans le cadre d’un exercice pour l’ESJ Pro de Montpellier


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